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PP :"La Belgique multiculturelle est un concept dépassé"
(22/03/2010) Mischaël Modrikamen, l'avocat des petits actionnaires de Fortis, qui a créé il y a trois mois avec l'économiste Rudy Aernoudt (membre éphémère...du MR) le Parti Populaire (PP).
Une semaine auparavant, nous l'avions devant nous, ce nouvel animal politique au discours éminemment sécuritaire. Ses adversaires - surtout au MR, justement - l'accusent de flirter avec l'extrême droite. Lui, répond avec les arguments de l'extrême urgence: Etat déficitaire, routes délabrées, enseignement nul, chômage endémique... La Belgique serait "menacée à court terme d'albanisation". D'où vient-il? Où va-t-il? Quels dégâts peut faire ce dur au pays du consensus mou? Comment peut-on se dire populaire et trôner sur un tel fauteuil en cuir? Interview.
On vous situe très bien dans le cadre de la saga Fortis. Mais quelles sont vos origines politiques?
MISCHAËL MODRIKAMEN. Je suis issu d'une famille d'immigrés - avec un grand-père polonais, un autre français - installée près de Charleroi, et enracinée à gauche. Mon père était un ouvrier avec un diplôme de mécanicien. Syndicaliste, il a été échevin socialiste et bourgmestre de Couillet. Mon oncle, lui, était permanent métallo
Ça ne cadre pas vraiment avec votre carrière d'avocat d'affaires, ni avec la magnifique maison bruxelloise dans laquelle vous nous recevez...
M.M.- Oui, je sais, l'avocat d'affaires, le grand bourgeois...Mais la rupture, elle n'est pas là. Pour revenir à mon père, il défendait des idéaux de responsabilisation et d'émancipation des travailleurs. Ces idéaux m'inspirent encore énormément de respect. Parce qu'ils représentent tout le contraire du clientélisme dans lequel s'est dévoyé le PS depuis. La vraie rupture, c'est celle-là: Charleroi, quand je l'ai quittée pour suivre mes études, était une ville propre, active. Aujourd'hui, quand j'y retourne pour voir ma mère, je constate que, dans la ville basse, les deux tiers des commerces sont fermés, que les jeunes mendient, que des vieux sont tabassés... Comment a-t-on pu laisser aller les choses jusque-là? C'est à Charleroi que le PP a tenu son premier meeting. Parce que la reconquête de l'avenir, c'est là qu'elle commence.
C'est ce qui vous a décidé à vous lancer?
M.M.- Non, le moment décisif, c'est l'affaire Fortis, le scandale entre tous. Nos élus ont laissé partir sans rechigner notre première banque. Ceci, sans perspective ni vision. Parce que la culture du débat est morte dans ce pays. Notre système, qui associe tout le monde au pouvoir, permet à chacun de mettre la main dans le pot de confiture. Mais il a aussi réduit le choix de l'électeur à pas grand-chose. Le PS est sanctionné dans les urnes? Il retâte sans cesse du pouvoir. Ces constats, je les avais faits il y a quelques années déjà. Mais, ces dernières vacances, j'en ai reparlé avec ma femme et je me suis dit: j'y vais.
A droite toute, donc...
M.M.- On en avait bien besoin! Regardez les autres pays d'Europe. Partout, les citoyens ont le choix entre gauche et droite. Nous avons quatre partis de gauche: trois qui l'assument (PS, CDH et Ecolo), et un, le MR, qui n'ose pas. Des thèses qui sont défendues ailleurs ne le sont plus du tout en Belgique. Ou plutôt si... Depuis qu'on a lancé le PP, elles commencent à émerger.
Par exemple?
M.M.- On parle enfin, dans les autres formations, de "tolérance zéro" - ce que nous proposons depuis des mois. Et puis, récemment, il y a eu le meurtre de cette mère de famille à Uccle. Armand De Decker, bourgmestre MR de Uccle, a proposé que les jeunes délinquants soient placés en stage à l'armée. Pourquoi pas, sauf que le parti de M. De Decker est au pouvoir depuis dix ans de manière continue. Pourquoi attendre aujourd'hui? Ceci dit, une partie de la gauche fait pire: elle préfère nier le problème, étant en complet décalage avec le sentiment de ras-le-bol de la population.
Au-delà de la tolérance zéro, vous voulez aussi recourir à l'armée, afin de seconder les policiers. L' armée dans les rues... Vous n'y allez pas un peu fort?
MM.- Des policiers, aujourd'hui, sont reçus à la kalachnikov dans certains quartiers. Et quand ils procèdent à des arrestations, c'est pour constater que ceux qu'ils ont interpellés les nargueront quelques heures plus tard, parce qu'on les a laissés sortir, sans aucune sanction ni suivi.
Votre insistance à parler d'armée, ou généralement de thèmes sécuritaires...
M.M. - ... Parmi beaucoup d'autres thèmes, n'en faites pas une obsession, non plus.
Oui, mais vous insistez très fort sur ce point... Cela dit-il quelque chose de l'électorat que vous visez?
M.M. - Ce que nous visons, c'est un grand mouvement de droite, sur une base citoyenne. Nous nous adressons tant aux gens aisés qu'à la classe moyenne ou aux ouvriers, aux retraités, aux chômeurs et autres sans-grades. Un tel mouvement se doit d'être populaire. Le contre-pied parfait au MR, ce parti "sectoriel" qui ne s'adresse qu'aux classes moyennes.
Cela dit, votre public, d'après ce qu'on a vu à votre meeting d'Herstal, n'était pas très "coloré"...
M.M.-II y avait des Noirs!
C'est vrai, deux...
M.M.- Qu'importé. Nous avons aussi de nombreux supporters musulmans. Parce que beaucoup d'entre eux veulent que nous mettions de l'ordre. Ils en ont assez de voir les débordements de ces quelques centaines de jeunes, qui donnent une image déplorable des Marocains. Quant aux musulmanes modernes, elles nous soutiennent. Quand on accepte une Mahinur Ôzdemir voilée au Parlement, ce sont elles qui dégustent en premier, parce qu'on leur met la pression.
Sur l'islam, plusieurs de vos récentes prises de position vous ont valu d'être taxé d'intolérance.
M.M.- C'est clair: nous voulons mettre un terme aux accommodements raisonnables. Le voile dans la rue ne me dérange pas. Mais dans l'exercice d'une profession, c'est non. A l'école, au Parlement, au Barreau... Et pas de dispenses de cours parce qu'on parle du darwinisme oud e la Shoah. Nous serons intransigeants là-dessus. C'est la seule intégration possible.
Et la Belgique multiculturelle?
M.M. - C'est un concept dépassé, qui mène au communautarisme. Le mode de vie qui s'est imposé ici est parvenu à un équilibre considérant la religion comme une affaire privée. En conséquence, nous n'accepterons aucune règle dérogatoire. Le migrant s'adapte aux valeurs et mours occidentales. Malheureusement, les autres partis ne semblent pas le comprendre. Nous, nous nous battrons avec la dernière énergie contre ce relativisme. Il y a des choses qui sont non négociables. Comme la burqa, symbole de l'enfermement, du refus du dialogue. Que celles qui veulent absolument porter une burqa sachent qu'il existe assez de pays qui la tolèrent, où elles pourront s'épanouir
Quels sont vos convictions sociales?
M.M. - On évite chez nous le mot "social". Il est associé aux droits acquis et unilatéraux en termes de sécu. C'est ce que je reproche au PS qui entretient le chômage, alors que c'est une situation épouvantable qui vous permet juste de survivre, sans plus.
Quelle définition du social préférez-vous?
M.M. - Rassurez-vous, nous parlons aussi de solidarité vis-à-vis des plus faibles et de justice, mais aussi de responsabilité. Le plus démuni doit tout faire pour échapper à sa situation. Il n'y a pas de droits acquis ni surtout de droits sans devoirs. Par exemple un chômeur longue durée devrait rendre quelque chose à la société. Comme prester un mi-temps en faveur de l'écologie, des plus âgés, des enfants...Droits et obligations, en tant que juriste, je suis très attaché à cet équilibre. Nous voulons tout faire pour sortir les gens du chômage, mais aussi lutter contre les abus: l'année dernière, 110.000 offres d'emploi étaient non satisfaites. D'un autre côté, l'université de Liège montrait que le travail au noire mployait 300.000 personnes à temps plein.
Les diplômes ne correspondent pas forcément?
M.M.- Beaucoup d'offres émanaient de la construction. C'est quand même un des vices incroyables du système, alors qu'il y a des chômeurs à vie, qu'on soit incapable de pousser des gens à devenir maçons ou menuisiers-charpentiers. Mais comme le travail chez nous n'est pas récompensé, beaucoup se disent qu'à ce prix-là, autant rester chez soi
Ce qui nous amène à la fiscalité...
M.M. - Nous proposons la fiscalité la plus juste. Or, pour l'instant, elle pénalise les petits et n'incite pas à aller travailler, puisque la pression sur les bas salaires les rend parfois moins attractifs que le chômage. C'est complètement aberrant. Pour nous, les petits salaires ne devraient pas payer d'impôts. On réduirait l'impôt des salaires moyens et on taxerait à 29 % tous les salaires supérieurs. Un cadeau pour les riches? Non, parce qu'on taxerait tous les revenus supérieurs, qu'ils proviennent du mobilier ou du capital, alors que ceux-ci sont souvent seulement taxés à 15% ou à 25 %. En outre, nous voudrions supprimer des exemptions fiscales qui profitent surtout aux plus malins. Ce n'est pas si loin des valeurs de la gauche, non?
Sur les questions éthiques, vous êtes plutôt conservateur ou libéral?
M.M. - Nous n'avons pas encore arrêté de position officielle en la matière. Les tables rondes citoyennes, qui formeront la base idéologique du PP, permettront d'affiner ces questions. Mais globalement, que ce soit en matière d'avortement, d'euthanasie ou de droit des homosexuels, notre position est plutôt favorable au statu quo actuel. On a atteint un point d'équilibre, avec peut-être une réserve en ce qui concerne l'adoption par les couples homosexuels. Quant à la peine de mort, je ne suis pas pour une modification de la loi. Applique réellement les peines serait déjà pas mal. Enfin, concernant les drogues douces, statu quo, aussi. Je ne pense pas qu'il faille poursuivre les petits consommateurs. Ni libéraliser.
Pourtant, beaucoup de vos adversaires vous qualifient de populiste, voire pire.
M.M. - Pour être très clair, nous n'avons rien à faire avec des fachos et des repris de justice. En revanche, ramener les électeurs d'extrême droite- et leurs appels au secours -vers un parti démocratique prônant la fermeté est ce qui pourrait arriver de mieux. Dans les pays où la droite s'assume, l'extrême droite est inexistante. Quant au populisme, s'il s'agit de caresser l'électeur dans le sens du poil, il ne fallait pas attendre le PP. Prenez le problème de l'âge de la retraite. Nous voulons qu'on travaille plus longtemps, pour éviter une catastrophe à l'avenir. Dans d'autres pays, ils ont eu le courage de prendre cette mesure impopulaire. Qui d'autre, chez nous?
A partir de quel score pourrait-on considérer l'arrivée du PP comme un succès?
M.M. - Cela sera très difficile, car tout est fait dans ce système pour décourager l'émergence d'un nouveau parti. Malgré tout, je crois que toutes les conditions sont réunies pour une percée du PP: le désarroi de la population, mais aussi le manque d'une véritable offre de droite dans le paysage politique. L'objectif que je me fixe, c'est d'avoir des élus d'entrée de jeu, dès les législatives de 2011 (unitaire, le PP devrait aussi se présenter en Flandre -NDLR). Ce serait un succès, mais aussi un séisme dans le jeu politique belge. Des élus, cela vous permet d'être invité, d'avoir voix au chapitre sur les plateaux télé et radio. Et j'ai la conviction que le jour où nous serons entendus, nous serons écoutés.
Propos recueillis par Damien Bodartet & Jean-Laurent Van Lint